Opérations Lavezzi

IMG_2301.jpeg Nettoyage des plages de l’île Lavezzu

La réserve naturelle des Bouches de Bonifacio inclut toutes les îles et îlots situés entre la Corse et la Sardaigne : c’est l’archipel des Lavezzi. Les deux îles principales sont :
- Cavallo, île non protégée par la réserve et où ont été construites des dizaines de villas de luxe.
- Lavezzu, île protégée très sauvage où l’on ne trouve que deux habitations inoccupées : la maison de l’ancien berger et le bâtiment du phare des Lavezzi.
Sur Lavezzu, deux cimetières ont été édifiés. Dans les tombes reposent les 773 marins, officiers et militaires embarqués pour une expédition en Crimée dans la frégate « La Sémillante ». Ils ont péri dans les écueils de Lavezzu lorsque leur navire s’y est fracassé le 16 février 1855. Ce naufrage a été décrit par Alphonse Daudet dans la nouvelle L’Agonie de la Sémillante issue des Lettres de mon moulin (1869).
Battue par les vents, l’île a l’aspect d’un immense chaos granitique ourlé de quelques plages paradisiaques. La végétation est rase. Le site est également connu pour les tempêtes et courants violents qui s’engouffrent dans les Bouches de Bonifacio. L’ile est ainsi le réceptacle de macrodéchets (plastiques ou objets flottants en tous genres), de branchages et roseaux arrachés lors des inondations des côtes voisines (l’île des Lavezzu est à la même latitude que Rome). Toutes les immondices s’échouent sur les plages pendant la période hivernale.
L’été des milliers de touristes sont amenés sur l’île par des bateliers en provenance essentiellement de Bonifacio (plus de 180 000 visiteurs parcourent les sentiers de l’île avec des pics de plus de 11OOO personnes débarquées sur l'île en une seule journée).
En 1990, les trois guides du site qui venait d’être protégé m’avaient fait part de leur incapacité à nettoyer les plages. Des amoncellements gigantesques de détritus mêlés aux bois morts jonchaient le haut de toutes les plages. J’étais alors membre du comité scientifique de la réserve. Je leur ai proposé de les aider bénévolement avec l’aide de mes amis du Lions Club Nice Doyen que j’avais rejoint en 1984.
Avec l’accord de la hiérarchie administrative de la réserve, la première opération Lavezzi fut organisée fin mai 1990. Douze membres du club rejoignirent à leurs frais l’aéroport de Figari puis furent véhiculés par les guides vers Bonifacio où ils embarquèrent sur des vedettes pour l’île Lavezzu. Sur l’île, un bâtiment attenant au phare servait d’hébergement sommaire (des lits militaires superposés, une cuisine, des sanitaires et de l’eau de récupération permettait un séjour spartiate). Avec un ravitaillement épisodique acquis auprès d’un traiteur de Bonifacio et apporté sur l’île par les guides, l’équipe du Lions Club a pu séjourner une semaine sans problème dans cette île quelque peu hostile. L’objectif était de nettoyer toutes les plages. Cette première année, seule une partie de l’île a pu être nettoyée par l’équipe des Lions qui chaque matin et après-midi parcouraient l’île. Les tas d’immondices et de branchages étaient tellement importants qu’ils furent regroupés puis incendiés.
Cette opération suscita beaucoup d’enthousiasme au club. Cela a forgé des liens d’amitié indéfectibles. Par la suite, sans aucune discontinuité, pendant 24 années, une équipe de 12 à 17 membres du Lions Club Nice Doyen complétée certaines années par des amis de membres, s’est rendue aux Lavezzi entre fin mai et début juin. Dès lors il y avait au club les « Lavezziens », ceux qui ont vécu ensemble sur l’île, et les autres. A partir des années 2000, la situation des déchets échoués devenait maîtrisée. Lors d’une campagne de nettoyage toutes les plages pouvaient être nettoyées, il n’y avait plus que l’apport de macrodéchets de l’hiver passé qu’il fallait traiter. Dès lors l’intérieur de l’île fut aussi “nettoyé “. En effet les plastiques échoués sur les plages s’envolaient dans le vent et s’accumulaient entre les blocs de rochers granitiques. En 2007, la décision fut prise de ne plus incinérer les plastiques et morceaux de polystyrène. Ils furent conditionnés dans des sacs de 120 litres et évacués par les guides vers une déchèterie de Bonifacio. Entre 2008 et 2013, dernière année de l’opération Lavezzi, le nombre de sacs évacués a été diminué de moitié.
Malheureusement en 2014 l’administration des phares et balises, propriétaire du bâtiment du phare, a donné un avis de péril pour ce refuge. Le plancher, étayé par des ferronneries rouillées par l’air marin, menaçait de s’effondrer. Les opérations Lavezzi prirent fin.
Les opérations Lavezzi, débutées bien avant que le problème de l’accumulation des plastiques en mer soit traité par les médias, sont un exemple d’action bénévole d’un club Lions.
Pendant 24 ans des tonnes de déchets furent ramassés, regroupés, incinérés ou évacués. Un rapide calcul permet d’estimer à près de 7500 les heures d’éboueurs de plage consacrées par les membres du Club pour le nettoyage de Lavezzu. Tous les participants à ces opérations se souviendront toujours de ces séjours de camaraderies passées dans un cadre d’une beauté exceptionnelle, conscients à la fois d’avoir bien œuvré pour la nature et d’y avoir vécu ensemble des moments inoubliables.
Alexandre Meinesz